La règle absolue : devant l'objectif, jamais devant l'oeil
Un filtre solaire se monte à l'avant de l'instrument, sur l'ouverture par laquelle la lumière entre. On parle de filtre pleine ouverture, ou de filtre frontal. Il atténue la lumière avant qu'elle ne soit concentrée par l'optique.
Un filtre vissé sur l'oculaire, lui, reçoit une lumière déjà concentrée par tout le diamètre de l'instrument. Deux conséquences : la chaleur peut le faire éclater en cours d'observation, et s'il éclate, votre oeil est derrière. C'est pour cette raison qu'aucun filtre destiné à se visser côté oculaire ne doit servir à regarder le Soleil.
Le petit filtre gris livré avec certains télescopes d'entrée de gamme
Certains ensembles très bon marché sont livrés avec une petite bonnette sombre à visser sur l'oculaire, parfois marquée sun filter. Ces accessoires ont été unanimement condamnés par le milieu astronomique. La consigne des associations est de les jeter, pas de les ranger : le risque est qu'un enfant les retrouve et les croie sûrs.
Et le chercheur ?
C'est l'oubli le plus fréquent, y compris chez des observateurs expérimentés. Le chercheur est une petite lunette qui concentre elle aussi la lumière, et il est à hauteur d'oeil. Avant de pointer le Soleil, bouchez-le ou démontez-le. On pointe le Soleil sans regarder dedans, en observant l'ombre du tube au sol : quand l'ombre est la plus petite possible et bien ronde, l'instrument est aligné.
Choisir la bonne taille : mesurez le tube, pas l'optique
C'est l'erreur d'achat la plus fréquente. Un télescope de 114 mm n'a pas un tube de 114 mm : le chiffre du nom désigne le diamètre optique, alors que le filtre doit coiffer le diamètre extérieur du tube, pare-buée compris. Sur un 114, l'extérieur tourne souvent autour de 130 à 140 mm.
La mesure à faire
Prenez un mètre ruban et mesurez le diamètre extérieur de l'extrémité avant du tube, là où le filtre viendra se poser. C'est ce chiffre, et lui seul, qui doit correspondre à la plage annoncée par le filtre. Beaucoup de filtres sont donnés pour une plage, par exemple de 86 à 117 mm, avec un serrage réglable : c'est le choix le plus tolérant si vous hésitez sur votre mesure ou si vous avez plusieurs instruments.
Le maintien compte autant que le verre
Un filtre solaire doit tenir. S'il se détache pendant que l'instrument est pointe vers le Soleil, l'image concentrée arrive directement dans l'oculaire. Préférez donc un modèle qui se serre fermement, et prenez l'habitude de vérifier la fixation d'une main avant de mettre l'oeil derrière. Par vent soutenu, mieux vaut renoncer.
Visuel ou photographique : deux densités différentes
Les films solaires existent en deux densités. La densité optique 5.0 est celle de l'observation visuelle : c'est la seule à utiliser pour mettre l'oeil derrière. La densité 3.8, plus claire, est réservée à la photographie, où c'est un capteur qui reçoit la lumière. Ne regardez jamais dans un instrument équipé d'un filtre photographique. Si la densité n'est pas indiquée sur le produit, considérez que l'information manque et n'achetez pas.
Le cas des jumelles et des lunettes de guidage
Même principe : il faut deux filtres, un par objectif, et de la même densité. Un seul objectif filtré ne protège pas, puisque l'autre oeil reçoit la lumière brute.
La vérification avant chaque observation, et ce que vous verrez
Le contrôle des micro-trous
Un filtre solaire vieillit. Le film peut se percer de micro-trous invisibles à la lumière du jour, et chacun laisse passer un faisceau non filtré. Le contrôle prend dix secondes et se fait à l'intérieur : tenez le filtre devant une lampe puissante et regardez au travers. Vous devez voir un gris uniforme. Le moindre point brillant condamne le filtre. Ne le réparez pas avec du ruban adhésif, remplacez-le.
Faites ce contrôle à chaque sortie, pas une fois par an. Un filtre rangé au fond d'un sac de transport se frotte et se marque plus vite qu'on ne le croit.
Ce que le Soleil donne à voir
Avec un filtre en lumière blanche, vous verrez un disque net, souvent d'une teinte blanche ou légèrement orangée selon le film, et surtout les taches solaires : des zones sombres qui se déplacent de jour en jour à mesure que le Soleil tourne. Sur le bord du disque, la lumière est un peu moins intense, un effet appelé assombrissement centre-bord. En revanche, ni protubérances ni filaments : ceux-là demandent un filtre à bande étroite d'un tout autre prix.
Deux conseils pratiques
Observez plutôt en matinée. En milieu de journée, le sol chauffe et la turbulence brouille les détails, exactement comme sur les planètes. Et limitez les séances : un instrument pointé longtemps vers le Soleil chauffe, ce qui dégrade l'image et fatigue le matériel.
Un grossissement modéré suffit
Le disque solaire est grand. Un grossissement de 40 à 80 fois le montre en entier et donne les meilleures images. Inutile de pousser : comme sur les planètes, la limite utile reste liée au diamètre de l'instrument, un point que nous détaillons dans notre article sur le grossissement d'un télescope.
Ne jamais laisser l'instrument sans surveillance
Un télescope pointé vers le Soleil et laissé seul dans un jardin est un danger pour la première personne qui passe. Quand vous vous éloignez, remettez le bouchon avant du tube.
Conclusion
Résumé en quatre points : le filtre se met devant l'objectif et jamais sur l'oculaire, on mesure le diamètre extérieur du tube et non le diamètre optique, on choisit une densité 5.0 pour l'observation visuelle, et on contrôle le film devant une lampe avant chaque sortie. Le chercheur, lui, se bouche systématiquement. Avec ça, l'observation solaire devient l'une des plus accessibles de l'année, puisqu'elle ne demande ni nuit noire ni déplacement.