Lire une référence de lunette et calculer son f/D
Une lunette se désigne par deux nombres, par exemple 70/700. Le premier est le diamètre de l'objectif en millimètres, ici 70 mm : c'est lui qui détermine la quantité de lumière collectée et la finesse des détails accessibles. Le second est la longueur focale, ici 700 mm.
Le rapport d'ouverture, noté f/D, est simplement la focale divisée par le diamètre. Pour une 70/700, cela donne 700 divisé par 70, soit f/10. Pour une 70/400, cela donne f/5,7. Pour une 80/400, f/5.
Pourquoi ce chiffre est décisif sur une lunette d'initiation
La quasi-totalité des lunettes d'entrée de gamme sont achromatiques : leur objectif est un doublet de deux lentilles qui ramène deux couleurs au même point de mise au point, mais pas toutes. Les couleurs restantes se traduisent par un liseré coloré, souvent violet ou bleu, autour des objets brillants comme la Lune, Jupiter ou Vénus. C'est ce que l'on appelle l'aberration chromatique.
Or ce défaut dépend directement du f/D : plus le rapport est grand, c'est-à-dire plus la lunette est longue par rapport à son diamètre, moins l'aberration est visible. C'est pourquoi une 70/700 donne des images sensiblement plus propres qu'une 70/400 de même prix, alors que les deux annoncent 70 mm.
La règle simple à retenir
Sur une lunette achromatique destinée à l'observation de la Lune et des planètes, visez f/10 ou plus, c'est-à-dire une focale au moins égale à dix fois le diamètre. Une 60/700, une 70/700 ou une 90/900 respectent cette règle. Une 70/400 ou une 80/400 ne la respectent pas : ce sont des instruments conçus pour être courts et transportables, pas pour donner les images planétaires les plus fines.
L'exception : les objectifs ED
Les lunettes dites ED, pour verre à dispersion extra-basse, utilisent un verre spécial qui corrige beaucoup mieux la couleur. Elles échappent en grande partie à la contrainte du f/D et peuvent donc être courtes tout en restant propres. C'est le choix à privilégier si la compacité compte pour vous, ou si vous pensez photographier plus tard.
Court ou long : deux usages, pas deux niveaux de gamme
Une lunette courte n'est pas une mauvaise lunette, c'est une lunette pour autre chose. Le choix se fait donc sur l'usage.
La lunette longue, f/10 et au-delà
C'est l'instrument du planétaire et de la Lune. Champ étroit, fort grossissement facile à obtenir, images contrastées et peu colorées. En contrepartie, le tube est encombrant et le trépied doit être à la hauteur, car un tube long amplifie les vibrations.
La lunette courte, autour de f/5
Champ large, très pratique pour balayer la Voie lactée, observer les grands amas d'étoiles ou une cometè, et pour voyager. Sur les objets brillants, attendez-vous au liseré coloré si l'objectif est achromatique. C'est aussi la configuration la plus à l'aise en observation terrestre, paysages ou animaux.
Ce qu'une lunette de 70 à 90 mm montre réellement
Soyons concrets, car c'est là que naissent les déceptions. Vous verrez très bien les cratères et les chaînes de montagnes lunaires, les quatre gros satellites de Jupiter et ses deux bandes principales, les anneaux de Saturne nettement séparés du globe, les phases de Vénus, les plus beaux amas d'étoiles. En revanche, les galaxies resteront de petites taches grises et pâles, et les nébuleuses ne montreront pas de couleurs : ce sont des cibles pour de plus grands diamètres. Cette liste est honnête et elle est déjà très riche pour une première année.
Le grossissement raisonnable
Comptez au maximum deux fois le diamètre en millimètres : 140 fois sur une 70 mm, 180 fois sur une 90 mm. Au-dessus, l'image grandit sans gagner en détail. C'est le calcul que nous détaillons dans notre article sur le grossissement d'un télescope, et il explique pourquoi les mentions 525 fois sur les emballages ne veulent rien dire.
La monture, les accessoires et l'ordre des priorités
Azimutale ou équatoriale
Une monture azimutale bouge en haut, bas, gauche, droite : intuitive, légère, idéale pour débuter et pour l'usage terrestre. Une monture équatoriale possède un axe incliné à régler sur la latitude, ce qui permet de suivre un astre d'un seul mouvement : plus confortable à fort grossissement et indispensable en photographie, mais elle demande une mise en station. Nous décrivons cette opération dans notre article sur la mise en station. Pour une première lunette destinée à l'observation visuelle, l'azimutale suffit largement.
Le trépied avant tout le reste
C'est le poste que les ensembles bon marché sacrifient en premier, et celui qui gâche le plus l'expérience. Un tube correct sur des jambes qui vibrent donne une image qui tremble plusieurs secondes après chaque réglage de mise au point. Si vous devez choisir entre dix millimètres de diamètre en plus et un trépied plus solide, prenez le trépied.
Les oculaires livrés d'origine
Une lunette arrive généralement avec deux oculaires, souvent 20 mm et 10 mm, parfois accompagnés d'une Barlow. C'est suffisant pour commencer. Le premier achat vraiment utile ensuite est un oculaire grand angle qui donne un champ plus large et un confort d'oeil bien supérieur aux oculaires d'origine.
Le redresseur d'image
Point souvent découvert après l'achat : avec un simple renvoi coudé, l'image est inversée gauche-droite. Cela n'a aucune importance sur le ciel, mais c'est gênant pour observer un paysage. Si l'usage terrestre compte, vérifiez la présence d'un redresseur, aussi appelé prisme d'Amici.
Lunette ou télescope
Si vous hésitez encore entre les deux familles, le critère n'est pas le prix mais l'entretien et la cible visée. Nous avons comparé les deux en détail dans notre article sur la différence entre télescope et lunette astronomique.
Conclusion
En pratique, la décision tient en trois étapes. Divisez la focale par le diamètre : si vous visez la Lune et les planètes avec un objectif achromatique, restez à f/10 ou plus, sinon orientez-vous vers un objectif ED. Vérifiez ensuite que le trépied est à la hauteur du tube. Et gardez en tête ce qu'une 70 ou 90 mm montre vraiment : beaucoup sur la Lune et les planètes, peu sur les galaxies. Une lunette choisie sur ces bases donne du plaisir dès la première sortie, et c'est tout ce qui compte pour ne pas ranger le matériel au placard.